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On me
demande de vous écrire, chers lecteurs et bientôt
amis je l’espère, amis par
centaines et, pourquoi pas, par milliers.
Je
le fais avec empressement et avec l’intention
avouée de vous associer, de près et de moins
près, actifs ou sympathisants à
l’aventure qui a commencé pour moi un après-midi
de l’été 1980 quand, attablé
Place ST-Germain une évidence m’a traversé
l’esprit
(et
pourtant il faisait chaud !) : tu es fasciné par tous les
instruments de musique, ceux d’hier et ceux d’avant-hier, tu les
collectionnes,
tu en tapisses les murs de ton séjour, tu les cherches aux
quatre coins du
monde; pourquoi ne les ferais tu pas toi même,
peut-être ceux de demain, surtout
ceux de demain, car ceux d’ aujourd’hui tu ne sauras jamais les
construire
aussi parfaits que ne le font les luthiers du quartier de Rome?
Ainsi
naquirent les FONICS. FOrmes Nouvelles
pour Instruments
à Cordes un
jour d’été
parisien, une naissance non programmée ni pour le nombre ni
pour l’avenir
qui sera le leur, mais dans la fièvre inconsciente de la
création, qui n’est
pas sans douleur. Ils sont trente aujourd’hui, famille nombreuse et
j’ai
mis trente mois pour les réaliser.
Au
départ je n’avais aucune ambition particulière
quant à leur carrière future, juste le
désir de projeter de sculptures dont la
quatrième dimension serait le son. Je ne faisais que des
croquis et taillais,
pliais, inventais directement dans
le matériau au fur et à mesure qu’apparaissait et
prenait forme l’instrument,
comme le fait un sculpteur avec la glaise.
Le
résultat n’était pas toujours conforme au croquis
initial. J’avais le sentiment
que le bois me guidait bien plus que je ne le façonnais.
Bien obscurs sont les
sentiers de la création,
jonchés de
doutes et d’interrogations que seule la passion permet de vaincre. J’en
avais !
Il a bien fallu donner un nom à mes oeuvres qui, dans mon
esprit se situaient
entre sculptures et instruments à cordes (je ne
collectionnais que des instruments
à cordes) et je leur ai donné le nom de FONICS,
Formes
Nouvelles pour Instruments
à Cordes. J’ai dit
« pour » et non pas
« des » instruments,
car je redoutais, comme aujourd’hui encore le jugement des luthiers,
des vrais,
des professionnels, des maîtres.
Un
jour
un
luthier, un vrai et un excellent
(mais je n’en savais rien), frappa à la porte de mon studio.
Il m’ avait été
envoyé par le marchand de couleurs de ma rue chez lequel je
m’approvisionne en
colle, papier de verre, vernis. « C’est bien ce que
vous faites là »,
me dit-il, « même très
bien ». Et il m’offrit spontanément de
son
bois, du vrai bois de luthier, et m’ invita dans son atelier. . S’il me
lit, et
il me lira, car c’est aussi à lui que sera
adressée cette lettre, il apprendra
que c’est à partir du jour de sa visite que
commencèrent toutes mes audaces et
toutes 1es entreprises qui permirent aux « Fonics »
de prendre forme et de
s’essayer au SON, afin que des sculptures au départ
deviennent des instruments
à part entière.
Je
ne
dissimule pas, cinq ans après, que la partie est loin
d’être gagnée. Pour y
arriver il me faut il nous faut le concours de plusieurs, beaucoup de
persévérance et d’imagination et du
matériaux implacable qu’est le temps devant
nous.
C’est
pourquoi je salue et remercie avec beaucoup d’émotion tous
ceux qui m’ont aidé,
accueilli et fait connaître avec les FONICS et aussi
tous ceux qui
aujourd’hui se joignent à nous, bons professionnels et amis
précieux pour
promouvoir, perfectionner et faire connaître les FONICS dans
leur nouveau
départ. Notre association, notre atelier de recherche et de
réalisation qui est
déjà en pleine activité, en seront les
outils et les moyens.
Nous
savons que notre tache ne sera pas facile car pour que de nouveaux
instruments s’imposent il faudra qu’ils soient fiables, qu’ils soient
produits chacun en
plusieurs exemplaires, que les musiciens acceptent de souffrir pour
s’
habituer à des corps qui ne sont pas
toujours faciles à épouser
et, qu’enfin, des compositeurs imaginent une autre musique
sans être surs qu’ ils seront
immédiatement et largement
récompensés.
Que
dire
pour finir cette première lettre?
Eh
bien,
que je souhaiterai que les FONICS
permettent un autre regard sur le monde des
instruments à cordes un
regard admiratif sans conteste et en toute
sincérité sur le passé et le
patrimoine incroyable et splendide de la lutherie
jusqu’à nos jours, mais aussi un regard neuf et impatient
sur le présent et
l’avenir.
Telle
était dans son essence la démarche du
« Bauhaus » dont je suis issu
et dont je me réclamerai toujours.
Bien
des
choses à tous ceux qui m’ont fait l’honneur de leur
amitié et tous
ceux
qui viendront. à nous pour
travailler et rêver ensembles.
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