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Fonctionnement de la guitare classique extrait du Bulletin du Groupe d’ Acoustique Musicale Université PARIS VI par Daniel Friedrich et Emile Leipp (juin 1977)
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Considérations générales: On peut constater que le poids général de l'instrument a une influence sur sa sonorité. Quand la guitare est lourde le bruit d'attaque de la corde (causé par le frottement du doigt) est moins perceptible que sur une guitare très légère, le son naît différemment avec un bruit mat très atténué et semble plus cristallin. Le phrasé du guitariste en devient plus précis dans les traits rapides. Pour la construction, deux possibilités extrêmes sont à signaler. l/ Faire des éclisses et un fond mince peu barré qui donneront du grave, du moelleux, des basses fortes, des attaques très audibles, un son court et mat éventuellement et un peu épais. 2/ Ou faire un fond plus épais (au dessus de trois cent grammes) barré plus fortement, avec des éclisses lourdes et épaisses qui donneront plus de brillant, voir un timbre métallique, et un son plus long avec des graves modérés.
Les éclisses Leur rôle n'est pas négligeable puisque leur surface vibrante est sensiblement égale à celle du fond. De plus leur hauteur conditionne le volume de la cavité du résonateur qu'est la caisse de la guitare, donnant du "coffre"ou non à l'instrument. La fréquence propre des éclisses est élevée du fait de leur cintrage. L'expérience d'Antonio de Torres consistant à réaliser une guitare avec des éclisses en carton (guitare conservée au musée du Conservatoire de Barcelone) n'a peut être pas été interprété complètement par son auteur qui déclarait, parait-il, que "seule la table avait un rôle important et que les éclisses ne servaient à rien puisqu'on pouvait les faire en carton!". Il est possible de dire que cet instrument sonnait comme une guitare comportant des éclisses en carton plus ou moins dur conditionnant par là une partie de sa réponse.
Le fond On peut lui donner trois fonctions définies l/ Le fond avec son barrage maintient plus ou moins vigoureusement le talon du manche et l'empêche de basculer sous la tension des cordes (40 à 50 kilogrammes). 2/ Le fond qui est barré en travers de trois ou quatre barres de bois est également un résonateur multiple doué de résonance pour de nombreuses fréquences 3/ Le fond est aussi un réflecteur du son dans l'enceinte acoustique constitué par la caisse de l'instrument. On peut noter que plus il est épais plus ses fréquences propres, ses modes vibratoires sont élevés. Il favorise alors naturellement les sons vers les aigus. Réflecteur - Le fond est aussi un réflecteur, un "repoussoir" selon l'expression de certains constructeurs. En effet l'onde sonore intérieure produite par la table au lâcher de la corde, (une série de compression) va trouver une surface plus ou moins rigide, plus ou moins polie, vernie, sur la partie intérieure du fond et ces trains d'ondes planes vont sortir légèrement amortis ou non par l'ouverture de la rosé qui se comporte dans ce cas comme un haut parleur placé au milieu de la table, qui concourt à la formation du son global produit par l'instrument qui vibre de toute sa surface par ailleurs (Il est possible de visualiser ces ondes émises par la rosé en plaçant une feuille de papier léger sur la table, qui obture presque complètement l'ouverture . En pinçant une corde basse le papier frémit.). Quelques luthiers du premier tiers de ce siècle avaient même imaginé de placer un "cornet acoustique" évasé vers l'intérieur, scellé autour de la rosace en dessous de la table. Ce dispositif était sensé "ramasser" toutes les ondes qui se réfléchissaient sur le fond et les diriger plus aisément vers la sortie. Nous avons vu que le fond avec sa première barre maintient le talon du manche. Cette partie du fond est amenée à vibrer plus intensément sous l'effet de levier que produit le manche tiré alternativement et selon la fréquence donnée par la corde (en schématisant le phénomène). On peut vérifier ceci facilement en appliquant la main dès que la corde est ébranlée, sur cet endroit, et constater alors la disparition d'un ou plusieurs harmoniques et leur retour si la main est enlevée. Cela d'autant plus que le fond est souple, peu barré et la fréquence de la corde grave. Le levier que représente le manche avec son talon, produit encore une action directe sur le fond quand il est peu barré et souple ; il tend le fond alternativement sous l'impulsion de la corde qui vibre. A chaque ventre que fait la corde correspond une surtension à ses extrémités qui entraîne une élongation du fond s'il est galbé, qui tend alors à s'aplatir. Théoriquement, si par ailleurs la partie de la table devant le chevalet est sollicitée par le même ventre et la même surtension qu'opère la corde en vibrant, son déplacement vers l'intérieur de la guitare va créer en même temps un mouvement inverse de celui du fond qui s'abaisse de son côté. Les deux mouvements conjugués vont établir un train d'ondes de fortes amplitudes donnant un harmonique deux encore plus fort et par conséquent du grave bien timbré, profond. Dans la réalité toutes les situations vibratoires sont possibles, se superposent et, selon la hauteur de la note, s'accommodent plus ou moins bien de leur résonateur d'où une sensation d'homogénéité et d'égalité de niveau satisfaisante ou non. Entre les divers problèmes qui s'offrent au luthier, au niveau du manche, de la table, du fond, des éclisses et de la bonne entente de toutes ces pièces couplées, réunies entre elles, de nombreuses années d'observations sont nécessaires et les situations sont toujours complexes et contradictoires souvent, mais quand les réponses sont en bonne voie de formation, l'expérimentateur et créateur en tire des satisfactions.
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